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Quand le toucher s’écoute : explorer les émotions du toucher affectif à travers le son

Category: Distinction Recherche

Dans un monde de plus en plus numérisé, on observe une diminution constante de l’engagement dans le toucher interpersonnel. Or, le toucher affectif, telle qu’une caresse, un effleurement ou un contact doux, joue un rôle essentiel dans notre bien-être émotionnel et notre régulation affective. Sa diminution progressive n’est pas sans conséquence : elle prive les individus de bénéfices reconnus, notamment la régulation émotionnelle, tant pour ceux qui touchent que pour ceux qui sont touchés.

C’est dans ce contexte que s’inscrit une étude récente menée dans le cadre du projet ANR MATCH Audio-Touch, porté par un consortium de chercheurs et chercheuses de l’ISIR – Sorbonne Université et de l’Université Paris-Saclay. Ces travaux ont fait l’objet d’une publication dans la revue Psychological Research de Springer Nature sous le titre « The emotional responses to the sounds of organic affective tactile gestures« .

Le projet explore une question originale : et si le son pouvait, en partie, transmettre les effets émotionnels du toucher affectif ?

Le son comme substitut sensoriel du toucher affectif

L’étude s’intéresse aux émotions suscitées par l’écoute de sons issus de gestes tactiles affectifs réels, tels qu’une caresse sur l’avant-bras ou un effleurement de la joue. Ces sons ont été enregistrés lors d’interactions spontanées entre partenaires engagés dans une relation, puis présentés de manière isolée à d’autres participants et participantes, sans contact physique ni image associée.

Le choix du son comme modalité alternative n’est pas anodin : les ondes sonores et tactiles partagent des propriétés physiques proches, ce qui en fait un moyen prometteur pour transmettre, au moins partiellement, les bénéfices du toucher affectif. Cette étude prolonge ainsi un premier volet du projet MATCH en allant au-delà de la simple reconnaissance des sons du toucher affectif, pour examiner leur impact émotionnel et l’influence du sens et des attentes des auditeurs et auditrices. 

Comprendre l’espace émotionnel des sons produits par le toucher affectif 

L’objectif principal de l’étude était d’examiner l’espace émotionnel des sons produits par le toucher affectif organique, lorsqu’ils sont entendus seuls. L’équipe de recherche s’est notamment posé les questions suivantes : Ces sons peuvent-ils susciter des émotions positives ? Quelles variables influencent ces émotions ?

Pour y répondre, cinq expériences ont été menées afin de dissocier les réponses émotionnelles liées au toucher affectif et d’identifier les facteurs qui les modulent. Les sons ont été extraits à partir d’enregistrements réalisés auprès de 14 couples, privilégiant des gestes tactiles spontanés plutôt que standardisés, afin d’évaluer plus écologiquement le traitement psychologique du toucher affectif et de ses indices multisensoriels, et d’en saisir les nuances.

Des perspectives prometteuses pour les interactions humaines, numériques et robotiques

Les résultats montrent que les sons du toucher affectif, pris isolément, suscitent globalement des émotions légèrement positives, et que les participants et participantes ont une capacité limitée à identifier correctement ces gestes uniquement à partir du son.

Cependant, un résultat majeur se dégage : le sens attribué aux sons compte fortement. 

Lorsque les participants et participantes sont informés que les sons proviennent de gestes de toucher affectif, la valence émotionnelle ressentie augmente par rapport à des situations sans contexte ou présentées comme des interactions avec des objets. De plus, plus un son correspond aux attentes préalables des individus concernant ce que devrait être un son de toucher affectif, plus l’émotion positive ressentie est élevée, même si ces attentes restent dans l’ensemble peu précises. 

Cette étude est la première à cartographier la dimension émotionnelle auditive du toucher affectif, ouvrant un champ de recherche encore émergent mais riche en perspectives.

Au-delà des apports fondamentaux, ces résultats ouvrent des pistes appliquées prometteuses pour renforcer les réponses émotionnelles à des stimuli non tactiles dans le cadre d’interactions interpersonnelles. Les sons de toucher affectif pourraient, par exemple, renforcer l’impact émotionnel de récits, de contenus audiovisuels ou d’interactions numériques mettant en scène des relations sociales. Ils pourraient aussi enrichir les interactions avec des agents virtuels, des robots ou des systèmes d’IA anthropomorphisés, en apportant une dimension émotionnelle supplémentaire, non tactile mais évocatrice.

Légende : Moyennes circulaires des réponses émotionnelles résultant de l’écoute des stimuli sonores dans l’Expérience 2. La figure présente les moyennes circulaires des émotions rapportées par les participants, positionnées à l’endroit correspondant dans le circumplex émotionnel. 
Légende: Graphiques d’interaction issus de modèles linéaires mixtes (LMM) sur le rôle de l’identification du toucher affectif sur la valence et l’activation (arousal) dans l’Expérience 2.
Légende : Effet de la congruence sur la valence et l’activation (arousal) dans l’Expérience 4. La figure présente les diagrammes de parcours (path plots) des régressions modélisant l’effet de la congruence sur la valence (à gauche) et sur l’activation (arousal, à droite) dans l’Expérience 4. Des rug plots sont présentés à gauche de l’axe des ordonnées.

Cette recherche s’inscrit pleinement dans les thématiques de l’ISIR, au cœur de ses travaux sur le toucher social, la multimodalité sensorielle et les interactions humain-machine. Elle s’appuie sur une collaboration étroite entre les chercheuses Malika Auvray et Catherine Pelachaud, et prolonge une dynamique déjà engagée à travers d’autres projets, dont une thèse CIFRE avec l’entreprise Humans Matter. L’objectif à long terme est d’explorer comment les sons du toucher peuvent faciliter et améliorer nos interactions, qu’elles soient humaines, virtuelles ou robotiques.


Contact scientifique : Francisco Barbosa Escobar, postdoctorant, et Malika Auvray, directrice de recherche 


Publié le 26/01/2026