L’étude a examiné les émotions suscitées par l’écoute de sons correspondant à l’enregistrement de gestes tactiles affectifs organiques, c’est-à-dire réels (par exemples, caresse de l’avant-bras, effleurement de la joue). Les gestes ont été enregistrés sur d’autres personnes que ceux qui les écoutent et ils sont présentés de manière isolée. L’étude a été motivée par la diminution constante de l’engagement dans le toucher interpersonnel, en grande partie due à la numérisation de l’expérience humaine. Cette diminution a montré des effets délétères sur les individus et les prive (tant les personnes qui touchent que celles qui sont touchées) des nombreux bénéfices du toucher affectif, notamment la régulation émotionnelle. Il devient donc particulièrement pertinent d’étudier des moyens alternatifs de transmettre les bénéfices du toucher affectif, par exemple via différentes modalités sensorielles. Ici, le son constitue une option intéressante compte tenu de la relation étroite entre les ondes auditives et tactiles.
Le contexte
L’étude s’inscrit dans le cadre du projet ANR MATCH Audio-Touch. Elle prolonge la première étude de ce projet en investiguant les réponses émotionnelles aux sons de toucher affectif au-delà de la simple identification, et en examinant l’influence du sens (meaning) et des attentes préalables concernant ce à quoi devrait ressembler des toucher sonores selon les participants et participantes.
Les objectifs
L’objectif principal de l’étude est d’examiner l’espace émotionnel des indices auditifs produits par le toucher affectif organique, présenté isolément, ainsi que les dimensions qui l’influencent. Ces sons peuvent-ils évoquer des émotions positives ? Existe-t-il des variables qui renforcent ces émotions ? Pour ce faire, nous avons mené cinq expériences afin de dissocier les réponses émotionnelles au toucher affectif organique et d’identifier les variables clés qui les modulent.
Nous avons extrait des sons générés par des gestes tactiles affectifs organiques en recrutant 14 couples engagés dans une relation et en enregistrant les gestes tactiles qu’ils pratiquent habituellement, ce qui a produit une grande variété de sons de toucher affectif. L’objectif de recourir à des gestes spontanés, plutôt qu’à des gestes prédéfinis, était d’évaluer plus écologiquement le traitement psychologique du toucher affectif et de ses indices multisensoriels, et d’en saisir les nuances.



Les résultats
Globalement, nous avons constaté que les seuls sons du toucher affectif suscitaient des réponses émotionnelles caractérisées par une positivité réduite et un niveau d’activation (arousal) légèrement plus élevé, et que les individus avaient une capacité limitée à identifier le toucher affectif à partir d’indices auditifs. En résultats important, nous avons montré que le sens compte. Le fait de présenter explicitement les sons comme relevant d’un toucher affectif organique, plutôt que de ne fournir aucun contexte ou de les présenter comme des interactions avec des objets, augmente la valence qu’ils évoquent. De plus, plus les sons correspondent à ce que les individus s’attendaient initialement à entendre comme sons de toucher affectif, plus la valence suscitée par ces sons est élevée, bien que les personnes disposent de connaissances et d’attentes limitées concernant les sons du toucher affectif. Notre étude est la première à examiner l’espace émotionnel de la dimension auditive du toucher affectif, un champ émergent en soi, riche en perspectives.
D’un point de vue appliqué, nos résultats peuvent servir à renforcer les réponses émotionnelles à des stimuli non tactiles dans le cadre d’interactions interpersonnelles. Par exemple, imaginez la narration d’une histoire émotionnelle incluant des interactions tactiles affectives entre les personnages : les sons de touchers organiques pourraient être utilisés pour amplifier les émotions que ces interactions visent à transmettre. Une autre possibilité est l’amélioration des réponses émotionnelles lors d’interactions numériques avec des agents humains et non humains (par exemples, robots, agents d’IA anthropomorphisés). Il importe toutefois de souligner que des recherches supplémentaires sur le toucher multisensoriel et ses applications sont nécessaires.
Partenariats et collaborations
L’étude s’inscrit dans le cadre de l’ANR Match, dans lequel nous collaborons avec Catherine Pelachaud (ISIR), Ouriel Grynszpan (Université Paris-Saclay) et Indira Thouvenin (UTC Compiègne). Nous avons aussi collaboré avec le Behavioural Lab d’INSEAD–Sorbonne Université, qui nous a aidés à recruter les 14 couples et a mis à disposition les infrastructures physiques nécessaires à l’enregistrement des stimuli expérimentaux.