Le projet Haptivance vise à créer une nouvelle génération de surfaces tactiles capables de produire des sensations de force et de mouvement directement sous le doigt. Issu de travaux de recherche menés à l’ISIR, il s’appuie sur les recherches en haptique et en métamatériaux acoustiques pour dépasser les limites des technologies tactiles actuelles.
Ce projet de start-up, lauréat Grand Prix de l’édition 2025 des concours d’innovation de l’État est accompagné par plusieurs programme : le programme d’accompagnement PUI Alliance Sorbonne Université, le programme MyStartUp, et le dispositif i-PhD de Bpifrance. Le projet Haptivance reçoit également le soutien de plusieurs partenaires dont l’ISIR, le CNRS Sciences Informatiques et le CNRS Innovation, la SATT Lutech pour la valorisation et la maturation technologique, ainsi que l’AP-HP, via son Hub Innovation et le tiers-lieu BOPEx, pour les phases de test et de co-conception avec les professionnels de santé.
Un constat partagé : un retour tactile encore peu informatif
Aujourd’hui, le retour haptique est omniprésent, des smartphones aux interfaces industrielles ou médicales. Pourtant, les technologies existantes reposent principalement sur des vibrations globales, impossibles à localiser précisément sur une surface, et incapables d’exercer une force nette sur le doigt.
Cette limitation réduit fortement l’intérêt du retour haptique dans les situations où la précision est critique, comme la chirurgie robotique, la conduite automobile ou certains dispositifs d’accessibilité. Dans ces contextes, l’utilisateur ou l’utilisatrice est souvent contrainte de regarder l’écran pour valider ses actions, ce qui augmente la charge cognitive et le risque d’erreur.
En milieu hospitalier, les interfaces reposent encore largement sur des boutons mécaniques, difficiles à nettoyer et sujets à une usure rapide. Les écrans tactiles lisses répondent mieux aux contraintes d’hygiène, mais restent encore pauvres en sensations tactiles, obligeant les soignants à vérifier visuellement chacune de leurs actions.
Structurer les vibrations pour enrichir le toucher
Haptivance propose une approche fondée sur les métamatériaux acoustiques, issue à l’origine des travaux de thèse de Thomas Daunizeau menés à l’ISIR. L’objectif est de structurer la propagation des vibrations à la surface d’un écran afin de localiser le toucher et de générer des sensations directionnelles, comparables à celles produites par des boutons ou des reliefs physiques, tout en conservant une surface totalement lisse.
Sur le plan scientifique, le projet cherche à maîtriser la propagation d’ondes ultrasoniques progressives en surface, afin de créer une force perceptible sous le doigt en faisant résonner la surface elle-même, sans actionnement mécanique externe. Un des défis majeurs réside dans le dimensionnement des métamatériaux, pour obtenir une force homogène sur l’ensemble de la surface, ainsi que dans l’étude des sensations haptiques les plus pertinentes en lien avec l’affichage visuel et la position du doigt en temps réel.

L’objectif principal du projet pour l’année à venir est la mise au point d’un démonstrateur fonctionnel capable de produire un retour tactile localisé et directionnel sur une surface interactive. Ce démonstrateur devra permettre de ressentir des boutons, des arêtes, des clics, des mouvements ou des guidages du doigt sur des écrans tactiles.
Les premiers résultats expérimentaux ont déjà confirmé la possibilité de générer des ondes progressives sur une surface, créant un déplacement perceptible sous le doigt. Le projet vise désormais à étendre et amplifier cet effet de manière stable et efficace, afin de permettre des interactions multitactiles telles que des clics, des glissements directionnels ou des guidages continus.
À terme, Haptivance ambitionne de proposer une technologie industrialisable, destinée à être intégrée par des fabricants d’écrans.
Des applications ciblées, notamment en milieu hospitalier
Les principales applications visées concernent le milieu hospitalier, en particulier les interfaces chirurgicales, les moniteurs et systèmes d’imagerie au bloc opératoire, les dispositifs médicaux en réanimation ou encore les interfaces de téléopération robotique. Dans ces contextes, un retour tactile riche et localisé permettrait de réduire l’attention visuelle nécessaire à l’interaction, d’améliorer la précision des gestes et de renforcer la sécurité d’utilisation, tout en facilitant le nettoyage et la stérilisation des surfaces.
D’autres contextes sensibles à la charge visuelle sont également concernés, comme la conduite automobile, où des tableaux de bord entièrement tactiles pourraient devenir plus sûrs grâce à un retour haptique informatif. Plus globalement, cette technologie vise à enrichir l’expérience utilisateur-utilisatrice et à améliorer l’accessibilité pour les personnes en situation de handicap.

Haptivance trouve son origine dans des travaux de thèse réalisés à l’ISIR et s’appuie sur l’expertise de plusieurs chercheurs et chercheuses du laboratoire dans les domaines de l’haptique, de l’interaction humain-machine et de la robotique, avec notamment Sinan Haliyo et David Gueorguiev. Le projet intègre également les contributions de Maxime Rouillard sur les aspects de modélisation et de prototypage. Le projet combine ainsi des compétences en perception tactile, modélisation vibratoire et conception d’interfaces interactives.
Le projet a été distingué dans le cadre des concours d’innovation du programme France 2030, pour lequel Inès Lacôte, chercheuse à l’ISIR, a reçu le Grand Prix i-PhD, récompensant les jeunes scientifiques ayant un projet de création d’entreprise à partir de leurs travaux.
Par sa forte dimension pluridisciplinaire, le projet illustre l’approche de l’ISIR, qui vise à faire émerger des innovations à l’interface entre recherche fondamentale et usages concrets, en réponse à des enjeux technologiques et sociétaux forts.
Contact scientifique : Inès Lacôte, chercheuse postdoctorale à l’ISIR
Publié le 23/01/2026