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Se tenir la main pourrait être plus efficace dans une prise de décision en groupe que se parler

Communiquer fait partie de notre quotidien, mais savons-nous réellement qu’est-ce que communiquer ? On est tenté naturellement de penser à la parole. On devine aisément qu’on peut communiquer par des gestes comme dans la langue des signes, ou plus généralement lorsque nos gestes, nos postures et nos expressions complètent la parole. Mais communique-t-on lorsque l’on tient la main de quelqu’un ?

Dans l’acte de tenir la main, il y a le mouvement qui ressemble à la langue des signes. Il y a le toucher qui permet de percevoir des sensations fines de surface comme la rugosité ou la température. Et il y a la kinesthésie, qui permet de ressentir des efforts, qu’ils provoquent ou non des mouvements. 

Représentation de la communication kinesthésique humain-machine

Ludovic Saint-Bauzel, Maître de Conférence à Sorbonne Université et membre de l’ISIR, est convaincu que tenir la main est un moyen de communication et plus particulièrement la dimension kinesthésique (c.a.d. mouvement et force). Il explore depuis plusieurs années cette idée. Il a déjà montré que ce canal permettait de négocier une décision et que cette négociation peut être imitée via un algorithme reproduisant le processus humain pour aboutir à la même efficacité décisionnelle. Toutefois, les analyses sur la sensation implicite montrent que le partenaire virtuel est encore ressenti différemment d’un partenaire humain (une étude conçue avec Ouriel Grynszpan, Bruno Berberian et Elisabeth Pacherie).

Pour mieux comprendre comment la décision implicite fonctionne, il a alors décidé d’explorer la notion de partage de confiance. En effet, les décisions de groupe efficaces nécessitent que les membres du groupe communiquent leurs niveaux de confiance. Les recherches antérieures l’ont montré pour les canaux de communication explicites, par exemple la communication verbale, comme source pour partager des niveaux de confiance et négocier des décisions optimales. La possibilité que la communication implicite permette des prises de décisions optimales pourrait ouvrir la voie à des technologies de négociation utilisant une communication sensorimotrice rapide, pour résoudre des problèmes de groupe. La question du canal kinesthésique comme canal de communication est étudiée via un dispositif robotique capable de transmettre précisément les forces, et la position entre deux partenaires a été développé pour aborder cette hypothèse. Il est possible alors d’étudier l’importance et l’efficacité de la communication kinesthésique dans les prises de décisions.

Notre étude menée sur trente-six participants, associés en dyades (couples d’individus), démontre que la communication kinesthésique permet d’optimiser les décisions de groupe et de surpasser la précision individuelle des participants. En effet, les binômes résolvent une tâche de discrimination perceptuelle plus précisément que leurs meilleurs membres individuels, et cinq fois plus vite qu’en utilisant une communication explicite (verbale). L’analyse computationnelle indique que le canal kinesthésique (communication sensorimotrice) permet de partager les niveaux de confiance lors du choix de groupe, bien qu’ils ne soient jamais explicités. Ces derniers résultats montrent donc que nous sommes capables de transmettre implicitement la confiance par un partage de force lors d’une prise de décision liée à une discrimination perceptuelle de groupe, aussi bien qu’avec la discussion, mais plus rapidement.

Le setup de l’étude menée sur 36 participants. © Lucas Roche, ISIR

Le fruit de ce travail, collaboration franco-italienne, vous est présenté dans un document qui vient d’être publié dans Nature Scientific Report. « Haptic communication optimises joint decisions and affords implicit confidence sharing », par Giovanni Pezzulo(1), Lucas Roche(2) et Ludovic Saint-Bauzel(2).


Contact référent : Ludovic Saint-Bauzel, Maître de conférence à Sorbonne Université / ISIR, ludovic.saint-bauzel@sorbonne-universite.fr

(1) Institute of Cognitive Sciences and Technologies, National Research Council, Rome, Italy.

(2) Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique, Sorbonne Université, Paris, France.